Et si nous adaptions l’usage du web en fonction des prévisions carbone ?

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’éco-conception web, j’ai appris de nombreuses bonnes pratiques pour réduire le poids des sites web que nous créons – et, in fine, leur consommation énergétique – mais j’ai aussi vu émerger des idées intéressantes pour permettre aux utilisateurs de mieux consommer le web. 

L’éducation des utilisateurs est pour moi tout aussi importante que l’application des principes d’éco-conception web. Si nous agissons seuls, nous professionnels du web, sans que le comportement des utilisateurs ne change, nous limitons considérablement notre impact. Alors que si nous agissons des deux côtés: côté création et côté consommation du web, nous pouvons faire une vraie différence.

Nous avons tous notre rôle à jouer et la première brique de tout changement est la prise de conscience. J’écris souvent ici pour encourager les professionnels du web à s’intéresser à l’éco-conception et à en appliquer les bonnes pratiques dans leurs projets web. Mais nous pouvons aller plus loin en permettant aussi cette prise de conscience du côté des internautes.

L’une des initiatives que je trouve brillante en la matière vous sera peut-être familière car j’en ai déjà parlé dans l’article consacré à Tom Jarrett, designer écolo du magazine en ligne Branch

Il s’agit d’utiliser les prévisions d’intensité carbone pour adapter nos interfaces en fonction du type d’énergie disponible dans le réseau.

Qu’est-ce que l’intensité carbone ?

L’intensité carbone est le rapport entre les émissions de CO2 et la production d’électricité.

Chaque type d’énergie pollue plus ou moins fortement l’environnement et nous savons tous que les énergies renouvelables (les éoliennes et les panneaux solaires notamment) sont celles ayant le plus faible impact environnemental. 

dessin réseau électrique

Mais toutes les énergies, qu’elles soient vertes ou non, circulent dans le même réseau (tous les câbles – enterrés ou dans l’air – par lesquels nos habitations reçoivent l’électricité). La production d’énergie verte étant totalement dépendante des conditions météo, cela signifie que la part d’énergie verte qui transite dans le réseau sera plus élevée lorsqu’il y aura du vent ou par une journée très ensoleillée par exemple.

Si je caricature les choses, regarder une vidéo sur YouTube lorsque le mistral souffle est donc moins nocif pour la planète que de regarder la même vidéo YouTube lorsque les conditions météo sont neutres (pas de vent, pas de soleil).

Comment utiliser les prévisions d’intensité carbone pour changer nos usages ?

Voici deux approches intéressantes pour utiliser les prévisions d’intensité carbone dans nos produits digitaux, et ainsi aider les internautes à prendre conscience progressivement de ce nouveau paramètre dans leurs navigations quotidienne sur Internet.

Adapter nos sites web en fonction des prévisions

C’est l’approche du site Branch qui propose 3 variations de son site web en fonction du mix énergétique disponible dans le réseau. Lorsque la part des énergies vertes en circulation est grande, l’utilisateur peut voir l’expérience complète avec toutes les images en qualité optimale et en couleurs. Lorsque la part des énergies vertes est plus faible, l’expérience est dégradée avec des images en qualité réduite puis, s’il n’y a pas d’énergie verte dans le réseau, à ce moment-là, c’est une légende qui remplace l’image. 

Branch website
Les images ci-dessus sont en noir et blanc pour des raisons d’éco-conception.

Donner les outils à l’utilisateur pour comprendre l’impact de leur navigation

En poursuivant mes recherches, je me suis également intéressée aux travaux de Lu Ye qui a imaginé une extension permettant aux utilisateurs de consulter la météo énergétique des prochains jours leur permettant ainsi d’adapter leur consommation d’Internet.

L’idée de base est de se dire que puisque nous consultons les prévisions météo pour adapter nos sorties, pourquoi ne pas adopter le même comportement pour nos usages du web. L’extension de Lu permet donc à l’utilisateur de connaître les prévisions d’intensité carbone (directement liées aux conditions météo) mais elle va plus loin en leur proposant des activités numériques adaptées selon la météo.

Voici un extrait de son article où elle explique plus en détail sa démarche:

Les prévisions météorologiques horaires ont largement influencé la façon dont les gens planifient leur vie quotidienne. Si vous savez qu’il va pleuvoir après 17h le samedi, vous pouvez réserver le terrain de tennis pour le début de l’après-midi et planifier le dîner dans votre restaurant préféré, à proximité de chez vous.

Et si, en consultant le bulletin météo, vous saviez également comment utiliser Internet ? C’est une question que j’ai posée aux participants à une expérience intitulée Nature Controlled Internet.

adapt web content to weather conditions

Les participants n’aimaient pas l’idée que leurs vidéos soient plus lentes lorsque le vent ne souffle pas. Mais il est intéressant de noter que certains participants ont différencié ce sentiment de ce qu’ils ont l’habitude de ressentir lorsque la connexion Internet est mauvaise dans leur vie actuelle.

Vous pouvez vous plaindre auprès de l’entreprise d’infrastructure, mais vous ne pouvez pas vraiment blâmer la nature […] Si c’était le futur, j’apprendrais sûrement à m’y adapter.

Déclaration d’un participant à l’expérience

En fait, les gens sont en mesure de reprogrammer ou d’ajuster leur utilisation d’Internet dans de nombreux cas. Mais nous ne voulons pas qu’ils se sentent frustrés ou démunis de tout contrôle. Pour construire une vie numérique transparente qui s’aligne sur l’intensité carbone d’Internet, nous devons doter les utilisateurs d’une prévision d’intensité carbone facilement accessible et leur permettre d’anticiper avant que l’intensité carbone ne soit trop élevée.

J’ai imaginé une extension Chrome pour essayer quelques idées. Lors de la configuration, les utilisateurs obtiennent une prévision de l’intensité carbone générale d’Internet tout au long de la semaine. Ils peuvent choisir à quel moment et pour quel type d’activités ils s’engagent à minimiser leur empreinte carbone sur Internet. L’étape suivante consiste à réfléchir à certaines activités à faible intensité de données qu’ils ont envie de faire. Hmmm, mercredi et jeudi soir, l’intensité carbone sera élevée, vous savez donc que vous lirez un article de votre blog préféré au lieu de regarder des vidéos sur YouTube.

concept extension Lu Ye
Concept d’extension Chrome par Lu Ye

J’aime beaucoup l’approche éducative de cet exemple. La grande majorité des internautes n’a absolument pas conscience de l’impact de notre consommation boulimique du web et je pense que ce type d’outil peut grandement aider à démocratiser ce sujet.

J’aimerai partager ici d’autres idées permettant d’accélérer cette prise de conscience donc si vous connaissez des sites ou projets d’étude sur cette thématique, n’hésitez pas à les partager en commentaires 🙂

Vous pouvez contribuer à créer un web plus respectueux de la planète en partageant cet article pour éveiller les consciences :)
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *