Etudier l’empreinte carbone d’un site web: la méthode GreenIT

Le mois dernier, j’ai assisté à la formation certifiante du GreenIT. Cette formation a pour but de valider les connaissances en éco-conception mais également de savoir comment passer de la théorie à la pratique. Nous avons notamment vu comment réaliser l’audit d’un site web: quelle méthodologie utiliser, quelles actions mettre en place et quels KPIs suivre pour mesurer les progrès réalisés.

Comment connaître l’empreinte carbone d’un site web ?

Sachant que l’empreinte environnementale d’un site web dépend du poids des pages et du nombre de visites, instinctivement, ma première approche pour faire l’audit d’un site aurait été de lister toutes les pages dudit site web et de m’attaquer aux pages générant le plus fort trafic.

Mais le GreenIT propose une autre approche que je trouve très intéressante car elle introduit la notion de niveau d’éco-conception.

En effet, lorsqu’on parle d’éco-conception, on peut parler d’éco-conception de facteur 1 ou de facteur 4:

  • L’éco-conception facteur 1 consiste à optimiser l’existant par exemple en optimisant les images ou en mettant plus d’éléments en cache.
  • L’éco-conception facteur 4 consiste à repenser totalement la façon de faire. L’idée est de minimiser les ressources utilisées pour réaliser une action donnée. C’est une approche plus radicale et plus ambitieuse en termes d’économie de ressources.

Le Facteur 4 est l’objectif écologique et climatique de diviser par deux d’ici 2050 les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), en particulier le CO2, par rapport au niveau de référence de 1990. Cette division mondiale par deux reviendrait pour la France, en tenant compte de sa population, à diviser ses émissions par un facteur quatre.

Futura Sciences

Les 3 étapes de la méthodologie GreenIT

Etape 1: Identifier l’unité fonctionnelle (UF) à optimiser 

Une unité fonctionnelle est une action que l’utilisateur doit réaliser. Nous avons fait l’exercice pour le site d’Airbnb. Les unités fonctionnelles à travailler pourraient être:

  • Consulter une annonce
  • Publier une maison
  • Réserver un logement
  • Mettre des annonces en favoris
  • Noter un hébergement
  • Faire une réclamation
  • Créer un compte
  • Etc…

Etape 2: Lister les pages visitées pour réaliser l’action 

Il s’agit ici de se mettre dans la peau de l’utilisateur souhaitant réaliser cette UF en listant toutes les urls visitées pour réaliser l’action donnée. 

Par exemple, pour consulter une annonce sur Airbnb, l’utilisateur doit:

  • Se rendre sur airbnb (page d’accueil du site en non connectée)
  • Se connecter à son compte (page d’accueil du site personnalisée pour l’utilisateur)
  • Faire une recherche (page de résultats)
  • Consulter une annonce (page de l’annonce)

Pour chaque page visitée, nous mesurons ensuite la performance de chaque page grâce au plugin GreenIT, qui nous donne plusieurs indicateurs et notamment l’émission de gaz à effet de serre ainsi que la consommation en eau d’une page. Ce qui permet de facilement calculer l’impact écologique de l’UF étudiée avec des équivalences parlantes. 

Par exemple pour l’UF “Consulter une annonce sur Airbnb”, sur une année, si chaque personne allant sur Airbnb consulte une seule annonce (ce qui a de bonnes chances d’être le cas), cela génèrerait l’équivalent de: 

  • 226 tours de Terre en voiture en termes d’émissions de GES
  • 7 piscines olympiques en termes de consommation en eau

Plutôt effrayant non ? 🙀

Etape 3: Identifier les actions possibles pour optimiser l’UF

Une fois que nous connaissons l’impact écologique de l’UF étudiée, nous allons pouvoir chercher à le réduire. Et c’est là que la notion de facteur 1 ou facteur 4 entre en jeu. 

Le plugin GreenIT donne une liste de recommandations de facteur 1 pour optimiser chaque page. Mais il appartient ensuite à l’équipe de brainstormer pour identifier des optimisations plus importantes, voire de facteur 4 en faisant intervenir des solutions low-tech par exemple.

Par exemple si nous prenons l’action de “faire une réclamation”:
Aujourd’hui, sur la plupart des sites ecommerce, pour faire une réclamation, il faut sélectionner la commande concernée puis remplir un formulaire de réclamation. Ensuite, tout se fait par échange d’emails. Remplacer ce processus par un simple appel téléphonique réduirait la charge environnementale liée à l’usage informatique pour réaliser cette action, tout en répondant parfaitement au besoin.

Comment mesurer les progrès ?

Lorsque des actions ont été mises en place pour améliorer l’UF choisie, il ne reste plus qu’à mesurer les progrès réalisés.

Le plus simple est de refaire l’étape 2 pour mesurer le nouvel impact écologique de l’UF dans sa version améliorée. Le plugin GreenIT se concentre sur 3 KPIs principaux pour chaque page:

  • Le poids de la page
  • Le nombre de requêtes HTTP
  • Le nombre d’éléments dans le DOM

L’ecoIndex généré par le plugin permet facilement de voir l’amélioration et a l’avantage d’être très visuel puisqu’il s’agit d’un score de A à G sur une échelle de couleur allant du vert (score A) au rouge (score G), comme pour l’électroménager.

Je vous livre une petite astuce apprise durant la formation: pour savoir le score que vous pouvez obtenir en fonction des 3 KPIs listés plus haut, vous pouvez utiliser ce simulateur d’ecoIndex. Ça peut aider à prendre la mesure des efforts à réaliser !

Pour terminer, je rajouterai une chose qui est selon moi très importante. C’est de communiquer sur les progrès réalisés, aussi petits soient-ils. Que ce soit en interne auprès des autres équipes de l’entreprise ou en externe via des articles en ligne ou des prises de parole en public, il est crucial d’évoquer le sujet aussi souvent que possible 🦜 Cela permettra de faire grandir d’autres personnes sur ce sujet et d’inspirer d’autres entreprises à faire la même chose.

Vous pouvez contribuer à créer un web plus respectueux de la planète en partageant cet article pour éveiller les consciences :)
Publié le
Catégorisé comme Agir

2 commentaires

  1. Super intéressant, et il est vrai que les stimulations d’impact font froid dans le dos. Apparemment Eco-Index est victime de son succès… tant mieux ! De mon côté, je n’ai pas su me servir de Green It, trop technique pour moi, dommage. Mais je pense que mon site est un exemple d’écoconception de type Facteur 4 (même si j’ai dû céder aux sirènes du commerce et installer un plugin, ce qui me noue un peu les tripes quand même, je ne sais pas si je le garderai longtemps…). Bravo pour ce site, c’est vraiment un inventaire de toutes les pratiques de demain ! C’est mon espoir, en tout cas.

    1. Merci Dominique pour ton commentaire 🙂 Oui en effet, l’ecoIndex est down mais le plugin GreenIT fonctionne lui (même s’il est parfois un peu instable mais c’est toujours mieux que rien du tout !). Il est vrai qu’il est parfois difficile de trouver le bon compromis entre éco-conception poussée à l’extrême et se servir des « facilités » qui peuvent nous être offertes via les plugins notamment si l’on parle des blogs mais le plus important pour moi est d’en avoir conscience et d’essayer de faire de mieux en mieux. En tout cas merci pour tes mots 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *