S’inspirer des contraintes techniques des GAFA

Le titre de cet article vous a peut-être quelque peu intrigué. Ce blog traite de créer des sites web qui soient le plus écolo possible dans le but de réduire l’empreinte carbone d’Internet et il est vrai que les GAFA ne sont généralement pas les premiers exemples qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on évoque la protection de la planète. 

Mais il serait dommage de détourner le regard car même si l’écologie n’est peut-être pas le centre de leurs préoccupations, leur statut de géants de la tech font qu’ils sont soumis à des contraintes leur imposant de faire un peu plus attention que la plupart des sites web par rapport au trafic qu’ils génèrent. Ainsi, certains choix de design, probablement choisi en priorité pour leur efficacité, sont également de bonnes pratiques en terme d’éco-conception. Je m’explique.

Attention: il ne s’agit pas ici de faire l’apologie des GAFA, simplement de rester l’esprit ouvert pour mettre en avant des choix de design qui sont de bonnes pratiques d’éco-conception, même si ces choix n’ont pas nécessairement été fait par considération écologique.

Quelles sont les contraintes des GAFA ?

Pour bien comprendre les contraintes des GAFA, il est important de comprendre comment fonctionne Internet. Pour cela, je vais m’appuyer sur le livre d’Ines Leonarduzzi qui parvient à bien imager le fonctionnement du web.

Un site web est constitué de milliers de lignes de code informatique qui n’est autre que le langage que l’homme et la machine utilisent pour communiquer entre eux. Toutes nos activités sur le web (écrire un email, faire une recherche, poster une photo sur un réseau social, acheter en ligne…) sont des informations représentées par des bouts de code. Ces informations circulent entre nos ordinateurs ou téléphones et les centres de données via un réseau de câbles, majoritairement sous-marins. Ces câbles sont en quelque sorte les “routes du web”. 

Je fais une recherche sur Google par exemple, ma requête est envoyée vers le centre de données en empruntant une de ces routes sous-marines et le centre de données me renvoie la réponse en empruntant la même route en sens inverse.

Mais comme pour les vraies routes, s’il y a beaucoup de trafic alors ça crée des embouteillages. Et donc il faut construire de nouvelles routes pour pouvoir rouler plus vite. Il s’agit de la bande passante en langage informatique.

La construction de ces routes sous-marines étaient à l’origine gérée par les opérateurs télécoms nationaux. Mais les gros acteurs que sont les GAFA se mettent eux aussi à construire de nouvelles routes pour assurer leurs besoins en bande passante et éviter un ralentissement de leurs sites web. Comme le dit très justement Ines dans son livre, je cite: “Google, qui concentre à lui seul 95% des requêtes effectuées dans le monde, ne peut se permettre de cracher.

En devenant propriétaires de leurs propres routes, ils deviennent également directement responsables de la quantité de données qu’ils font transiter sur le réseau. Ils ont donc tout intérêt à optimiser leurs plateformes. Moins ils feront transiter de données dans le réseau, moins ils auront à construire de nouvelles routes qui coûtent très chers.

De bonnes pratiques chez les GAFA ?

J’ai regardé de plus près ces acteurs pour tenter d’identifier au moins une bonne pratique chez chacun d’entre eux dont on pourrait s’inspirer. J’ai volontairement exclu Apple qui tire surtout sa position de géant via ses produits physiques.

Google

J’ai bien failli ne pas mettre de capture d’écran de la page d’accueil Google parce qu’on sait tous à quoi elle ressemble et qu’une image de moins, c’est toujours quelques émissions de CO2 en moins mais j’ai relativisé ! Loin de moi l’envie de paraître extrémiste, je veux avant tout qu’on apprenne tous à trouver la bonne balance. J’estime qu’un exemple illustré est toujours plus parlant et au moins je suis sûre que mon propos restera valide dans le temps, quelle que soit l’évolution de la page d’accueil de Google.

Sait-on jamais, imaginez qu’elle devienne toute bariolée avec des couleurs qui clignotent de partout, des typo folles et des GIF animés dans tous les sens, j’aurai l’air maligne !

Google homepage

Lorsqu’on regarde la page d’accueil de Google, qui n’a pas changé depuis des années, on se rend bien compte que c’est l’exemple même du minimalisme ! 

  • Usage de couleurs monochromes pour le logo
  • Usage des polices de caractères standards
  • Un seul élément mis en avant: la barre de recherche

Le seul point qu’ils pourraient selon moi améliorer sur cette page d’accueil est de remplacer leur fond blanc par un fond sombre pour réduire la consommation d’électricité sur les écrans OLED. C’est une des options intéressantes dans le choix des couleurs pour un site écolo.

Amazon

Contrairement à Google, Amazon propose beaucoup de choses sur sa page d’accueil. C’est très logique puisque Amazon est une marketplace avec plein de produits à vendre, il lui est donc plus difficile d’être sobre et minimaliste.

Amazon homepage

On remarque que la plupart des images sont de petite taille hormis une grande image qui prend toute la largeur de l’écran (ici la mise en avant pour Monoprix). On voit aussi qu’ils utilisent des flèches à droite et à gauche de l’image principale pour faire défiler les mises en avant du moment.

Avec ce type d’éléments, on a souvent tendance à utiliser un carrousel avec défilement automatique des images. Utiliser les flèches à la place laisse à l’utilisateur le choix de faire défiler ou non les images qui suivent. Et comme il y a fort à parier qu’au moins une partie des visiteurs ne cliqueront pas sur les flèches, c’est une bonne pratique pour la planète 🙂

Facebook

L’article date un peu et je ne sais pas si Facebook le fait toujours mais je trouve l’information intéressante à partager malgré tout. Dans l’optique d’être accessible au plus grand nombre, et notamment dans les marchés émergents où la plupart des individus se connectent à Internet via leur mobile et en 2G, Facebook a instauré les mardis 2G.

Le principe est simple: tous les mardis, les employés de Facebook sont invités à passer leur journée avec une connexion 2G. Cela leur permet de se mettre à la place de leurs utilisateurs dans les pays émergents avec des pages qui mettent parfois plusieurs minutes à se charger. Vivre cette contrainte les incite à se concentrer sur l’essentiel et à trouver des solutions plus efficaces pour rendre leur plateforme plus légère.

Vous pouvez contribuer à créer un web plus respectueux de la planète en partageant cet article pour éveiller les consciences :)
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5 commentaires

  1. Intéressant, j’aurais dit exactement l’inverse.

    Surtout faire tout le contraire des GAFAM (je sais pour certains Microsoft n’en fait pas partie).

    Exemples : ne pas pister ses utilisateurs, ne pas intégrer de pisteurs GAFAM sur son site web, ne pas utiliser les dark patterns pour leur forcer la main, ne pas utiliser des techniques pour forcer les utilisateurs à rester sur sa plateforme, ne pas utiliser le dernier langage/framework hyper-lourd à la mode.

    Utiliser un carrousel est une très mauvaise pratique ; on force l’utilisateur à charger des contenus (image + javascript) qu’il ne va sans doute pas consulter. C’est du délire !

    En matière d’éco-conception les GAFAM sont l’anti-exemple parfait selon moi.

    1. En effet, je suis d’accord, tout n’est pas bon à prendre dans les pratiques des GAFAM et c’est d’ailleurs ce que je rappelle dès les premiers paragraphes 🙂 Je pense juste qu’il serait dommage de fermer les yeux sur la manière dont leurs plateformes sont designées car la recherche d’un site rapide et efficace a souvent pour résultat, un site plus léger et donc plus écolo.

  2. Je pense au contraire qu’il faut d’autant plus se méfier des bonnes actions pour de mauvaises raisons.

    Les GAFAM ne cherchent pas à être plus écolos mais à capter plus de parts de marché. Ce n’est pas un reproche et c’est normal puisque ce sont des entreprises commerciales. Il faut juste s’en souvenir même si elles mettent un fric monstre en campagne de communication pour se faire passer pour des œuvres de bienfaisance.

    Les GAFAM ont besoin d’un site rapide et efficace pour minimiser les coûts et maximiser leurs profits.

    1. Vos réactions sont très intéressantes car, indirectement, ce sont nos bloquages vis à vis des GAFAM que cet article met en lumière. Pour ma part, je ne vois pas dans cet article une éloge aux GAFAM (c’est même écrit clairement en introduction) mais une façon intelligente d’enrichir nos réflexions par l’ouverture d’esprit. Pour cela, nous devons oser aussi observer ce qui nous semble contradictoire, c’est le propre de la science et c’est ce qui nous a permis de comprendre que les venins font de très bons médicaments :). L’auteur propose d’étudier les pratiques des GAFAM pour trouver de bonnes idées, même si celles-ci sont mises en place pour d’autres raisons, notamment les contraintes techniques citées. Il est évident que la page d’accueil de Google n’est pas un exemple d’éco-conception en soit avec un poids de 2Mio pour un champs de recherche, mais on peut tout de même souligner que Google est forcé de maintenir une sobriété visuelle, et ça, c’est une bonne chose. Etudions la manière dont ils s’y prennent, la façon dont ils la font évoluer, comment ils rendent celle-ci accessible aux malvoyants… tout ça, dans le but de nous améliorer à notre tour.

  3. Dans le cadre de Google la sobriété n’est que visuelle…
    Pour une page avec quelques liens et une barre de recherche ils arrivent à faire en sorte que ça pèse 2Mo.
    Amazon semble bien plus fouilli pour au final une page qui fait 10Mo… 5x plus lourde certe mais avec bien plus que 5x plus de contenu…

    L’apparence visuelle n’est pas forcément révèlatrice du poids d’une page et de son éco-conception.

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