La puissance des options par défaut

Il y a quelques temps, je suis tombée sur le brillant article de Brian, UX designer particulièrement impliqué dans la recherche de solutions d’éco-conception. Il aborde un point essentiel, une astuce simple mais qui peut faire une différence majeure en termes d’empreinte carbone d’un produit web.

Nous savons désormais que pour minimiser l’empreinte carbone d’un site web, nous devons utiliser peu d’images et de vidéos, compresser les fichiers au maximum, raccourcir les parcours utilisateurs… Mais ce n’est pas tout. Dans son article, Brian met en lumière l’impact des options par défaut que nous choisissons pour tous nos visiteurs et utilisateurs.

En effet, lors de la réflexion sur une nouvelle fonctionnalité, nous pouvons choisir d’appliquer ou non certaines options par défaut, donc pour chaque utilisateur. Mais même si nous permettons à l’utilisateur final de désactiver ou d’activer ces options facilement, la grande majorité des utilisateurs laissera l’option sur son paramètre initial. 

La puissance des options par défaut

L’exemple du don d’organes

Prenons le cas du don d’organes par exemple. La plupart des pays européens ont adopté un système de consentement présumé. En d’autres termes, tous les citoyens adultes sont considérés comme de potentiels donneurs à moins d’en avoir expressément exprimé le refus. Ainsi, au moment du décès, si un prélèvement d’organes est envisagé, les médecins vérifient que le défunt n’est pas inscrit sur le registre national des refus de don d’organes. Si ce n’est pas le cas et après vérification auprès de la famille, l’équipe médicale est en droit de prélever le(s) organe(s) du défunt (source: dondorganes.fr).

Ce n’est pas le cas de l’Allemagne dont le choix par défaut est le non-consentement. Il faut donc que chaque citoyen allemand favorable au don d’organes en fasse expressément la demande. Et peu de personnes prennent le temps de réfléchir à la question puis d’effectuer cette démarche. En conséquence, l’Allemagne fait partie des pays européens dont le taux de donneurs d’organes est le plus faible, avec un taux de consentement avoisinant les 10% en 2020 (source: Libération) alors qu’il est de 99% en Autriche par exemple (source: blr.design).

Cet exemple est particulièrement parlant car il s’agit d’un enjeu de santé publique et montre clairement le pouvoir des créateurs de ces systèmes à influencer les comportements et à créer des résultats.

Il en va de même lorsque nous créons des produits digitaux, notre responsabilité en tant que designer et concepteur du produit est énorme. Nous nous devons de choisir en conscience chaque option par défaut car les impacts sur l’environnement peuvent être considérables, et encore plus sur les sites à fort trafic.

L’exemple de nos smartphones avec le mode économie d’énergie

Plus proche de nous peut-être, nos smartphones. Nous en avons quasiment tous un. Si vous avez un iPhone, vous avez certainement déjà vu la petite pop-up qui s’affiche lorsque votre batterie passe sous la barre des 20%. Elle vous propose d’activer le mode économie d’énergie ce qui a pour but d’arrêter la récupération automatique des emails et les mises à jour d’applications en arrière-plan, retardant ainsi le moment où vous serez obligé de recharger votre téléphone. Option bien pratique lorsqu’on n’est pas chez soi et qu’on a encore besoin de son téléphone pour utiliser le GPS par exemple ou recevoir un appel important. Mais pourquoi l’option par défaut est-elle le mode “consommation maximale d’énergie” si on peut l’appeler ainsi ? Imaginez si Apple décidait de faire l’inverse et d’activer le mode basse consommation par défaut. Le volume de transfert de données baisserait de manière considérable et probablement que nous serions nombreux à ne pas nous rendre compte de la différence.

Bien entendu, certaines options par défaut sont activées pour des raisons de business. Mais ce n’est pas toujours le cas. Nous devons apprendre à trouver le bon équilibre en posant les bonnes questions.

Comment choisir les options à activer par défaut ?

Tout l’enjeu de l’éco-conception est de réduire l’énergie nécessaire au bon fonctionnement des produits web que l’on crée. Et côté concepteur, cela passe par la réduction du volume de données transférées entre le terminal de l’utilisateur et le serveur sur lequel le site est hébergé. 

Moins de données transférées = site plus rapide à charger = moins d’énergie consommée par le serveur mais aussi par l’ordinateur ou le téléphone de l’utilisateur = besoin de recharger l’appareil moins fréquent…

Si nous devions nous poser une seule question, ce serait la suivante: 

Est-ce que l’option par défaut est celle utilisant le moins d’énergie possible ?

Si la réponse est oui, hourra, bon travail 🙂
Si la réponse est non, nous devons nous poser une seconde question: 

“Est-ce que l’option par défaut choisie est justifiée ?”
Est-ce qu’elle permet de mieux fidéliser les utilisateurs ? D’en acquérir de nouveaux ? 

Si la réponse à cette deuxième question est non, vous savez quoi faire.

Voici un petit exemple illustré avec l’une des pires pratiques en termes d’impact carbone, l’autoplay des vidéos (mais qui peut être justifiée selon le produit, ça ce n’est pas à moi d’en juger !):

Choisir les options par défaut en conscience

C’est en se posant ce type de questions que nous arriverons à faire évoluer nos produits digitaux dans le bon sens. Dans un prochain article, je parlerai d’exemples concrets d’options souvent activées par défaut et de leurs alternatives “green”. N’hésitez pas à me donner vos suggestions en commentaires 🙂

Vous pouvez contribuer à créer un web plus respectueux de la planète en partageant cet article pour éveiller les consciences :)
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1 commentaire

  1. Dans mon nouveau site, plus écoresponsable, les commentaires ne s’affichent qu’à la demande. Par ailleurs, il y a une consigne qui permet d’éviter un antispam : commencer son message par « Bonjour ». Ce que les robots ne savent pas faire.

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